Architecture territoriale

Saint-Just sur le rôle de la capitale dans la Nation : « concentrer pour répartir ». Autrement dit : la capitale de la Nation est par excellence le lieu où s’organise la redistribution de l’impôt prélevé sur ses parties riches au bénéfice de ses parties pauvres.  Pas de Nation sans héros. La Nation – au sens de l’Etat Nation -, lorsqu’elle impose sa forme, toute armée, au tournant des XVIIIème et XIXème siècles – est déjà réponse  à cette double tendance – celle qui révèle aujourd’hui sa pleine mesure – tout à la fois planétaire et exploitatrice en laquelle  l’humain s’était engouffré pour faire face à l’angoisse des moyens de sa subsistance. L’Etat-Nation, comme limitation volontaire, comme artéfact institutionnel, comme institution collective, et en définitive comme fiction, est une réponse tragique, et c’est pourquoi son expérience fut et reste aujourd’hui aussi douloureuse. (article en préparation)

Ci-dessous : Jacques-Louis David, Les Sabines (extrait). Métaphore de la Nation. Le soldat qui porte bouclier et brandit sa lance représente la capitale. Il renvoie au processus guerrier à travers lequel la Nation romaine s’est constituée, mais aussi au futur rôle protecteur qui est celui de Rome au centre de la Nation.

Les auteurs d’ouvrages généraux sur la ville débutent souvent  leur propos par une question classique : qu’est-ce que la ville ? L’exercice paraît le plus souvent plutôt académique. Et nombreux sont ceux qui concluent assez rapidement à la complète inutilité d’apporter la moindre tentative de réponse déterminée à cette question. Surtout d’ailleurs ceux dont l’ouvrage traite de la « grande ville ».  ces derniers en particulier peuvent se regrouper en deux catégories : ceux qui se consacrent à l’examen de la condition actuelle de la « grande ville » s’avouent décontenancés devant une espèce de complète indétermination de son projet. Et ceux qui traitent plus généralement de la ville s’arrêtent la plupart du temps devant la tâche apparemment insurmontable d’une quelconque classification des villes, après avoir décliné, de manière un peu détachée, les divers critères de classification possibles. La raison principale de cette espèce de démission des urbanistes et des historiens de la ville face à la question de la définition de la ville tient, paradoxalement, selon nous, à la partialité de leur approche de l’économie territoriale sur laquelle se fonde toute institution sédentaire de la survie humaine.  Pour comprendre ou tout au moins tenter de s’approcher d’une compréhension un tant soit peu intelligible de la ville, il est, pensons-nous, nécessaire de se pencher sur l’expérience territoriale plus ample dont la ville tire sa survie. Cette tâche est d’autant plus actuelle et urgente qu’il nous apparaît bien que la ville se soit crue pendant longtemps, au cours de ces derniers siècles, capable d’entretenir sa propre survie à travers une stricte exploitation des parties de la terre et de l’humanité qu’elle y a associée, mais que cette attitude lui vaille aujourd’hui un retour de flamme tel qu’elle puisse bien ne pas poursuivre l’aventure. La ville sera donc entendue ici comme partie d’un projet territorial plus ample, incluant toutes les régions qui contribuent à sa survie et à la survie desquelles elle contribue. En ce sens, l’horizon qui s’offre à ceux qui cherchent à participer à la définition d’un projet pour la ville ne peut plus être un horizon strictement urbain. J’ajouterai que la motivation qui préside à tel projet ne peut être économique au sens étroit -c’est-à-dire concupiscent – du terme. Cette motivation ne peut soutenir un réel engagement de ceux qui s’y destinent que si elle inclut en son économie une dimension formelle-constructive, c’est-à-dire configurative, c’est-à-dire encore culturelle : celle qui justement, distingue l’aventure du projet, celle qui donne à toute économie humaine sa définition ample.

Bruxelles-métropole européenne. Hypothèse sur la résidence (2003)

Ces deux planches d’étude testent – sur le terrain de la gare de formation de Schaerbeek – une idée : l’énonciation, en de plus amples dimensions, d’un double rang typique de la résidence de Bruxelles-capitale nationale : une rue faite de maisons, que nous appelons d’habitude ‘bruxelloises’, mais qu’il serait plus juste d’appeler ‘nationales’*.. Les parois sont ici érigées en lignes bâties, en véritables corps de bâtiment. Les chambres deviennent de grandes cours aménagées en jardins. La relation entre les normes qui président à l’architecture de Bruxelles-capitale et celles qui président à cet essai sur le thème de la résidence de Bruxelles-métropole européenne est une relation analogique, au sens strict du terme.

(*Si ce sujet vous intéresse, voyez, sur ce même blog, notre  étude intitulée : L’habitation nationale des Belges

Contrat de quartier Canal-Midi. Premières études

note d’intentions pour le web (avec les pl. 1 et 2)

La complexité à laquelle nous nous référons lorsque nous parlons de Cureghem n’est pas tant le fruit d’une pure diversité d’objets individuels que celui de la superposition de plusieurs structures territoriales – des projets architecturaux si l’on veut mais à une échelle nettement plus ample que celle de la parcelle. Cette complexité, au cours de la seconde moitié du XIX et de tout le XXème siècle, a suscité la plupart du temps chez les aménageurs, une répulsion caractérisée. Leurs méthodes sont homogénéisatrices. La nôtre vise la reconnaissance de l’hétérogénéité qui fait la complexité de Bruxelles. Nous souhaitons justement faire de cette complexité, de sa révélation, de sa résurgence, un des points forts du projet, et nous avons montré que notre aire d’étude, ou tout au moins sa partie Ouest, présente cet atout incomparable pour une approche de ce type de se situer en un lieu de la ville ou existent tout à la fois la possibilité (logique) et la nécessité (pratique) d’affirmer cette complexité.

Une des conditions techniques fondamentales de cet exercice est la rédaction d’une carte du quartier qui permette de saisir immédiatement comment se superposent et quelles figures tracent – séparément et ensemble – les différentes structures territoriales en superposition : la structure provinciale (d’ancienne initiative rurale essentiellement pour ce qui concerne Cureghem), la structure nationale et la structure métro-/cosmo-politaine.

La rédaction de cette carte est bien avancée.

Elle suppose, d’abord, la retranscription, par superposition (layers) informatique, des relevés disponibles : des cartes, qui représentent les différents états de la fabrique territoriale à travers le temps. Ces cartes, que l’on contemple d’habitude séparément, sont ici littéralement superposées. Chacune des cartes est redessinée sous format autocad et mise en conformité avec le levé par aérophotogrammétrie numérique de l’IGN 1991 – cartographie 1993-94. Ceci implique un patient travail d’ajustement. Les relevés utilisés, qui sont d’époques différentes, ont été faits suivant des méthodes de mesurage différentes.

La rédaction de la carte se poursuit, ensuite, par le travail de classement morphologique. Ce travail, seul peut l’accomplir celui qui est rôdé à l’analyse formelle des systèmes architectoniques-territoriaux.

Apparaissent alors, au cours de ce travail de bénédictin, les 3 grandes structures formelles, emboîtées, nettement caractérisées, les trois « couches » dont l’intersection fait la complexité de notre aire d’étude : sa couche provinciale, sa couche nationale et sa couche métropolitaine. Une complexité qui, à ce point, se livre dans son intelligibilité, et ouvre la possibilité d’un projet urbain qui ne soit pas tant celui d’une « nouvelle mode », d’une architecture « contemporaine » indifférente à ces architectures existantes, que celui de la ressaisie, du rééquilibrage des rapports de ces 3 projets, tout aussi contemporains l’un que l’autre (car théâtre de notre vie présente), et aujourd’hui en relation déséquilibrée : la possibilité, littéralement, d’un projet de transformation progressive de la réalité, où perdrait aussi sa raison d’être la séparation entre ce qui est patrimoine (ce qui serait « passé » mais à conserver au présent) et ce qui ne l’est pas (ce qui est présent mais mériterait de passer), entre ce qui est culturel et ce qui ne l’est pas, puisque tous les éléments concourent à l’élaboration de ce grand relief artificiel, la ville, qui est, peut-être par excellence, fait culturel.

A ce titre, notre attention se porte notamment sur la représentation minutieuse de tous les éléments qui composent le second sédiment, celui par lequel Cureghem se définit le plus strictement comme quartier de Bruxelles-capitale, avec ses maisons à front de rue, ses ateliers et ses annexes, ses longues lignes mitoyennes internes, sa végétation de grands arbres en intérieur d’îlot, ses rues, ses avenues et boulevards régulièrement plantés, son mobilier urbain. C’est la condition préalable et indispensable au choix d’une poursuite de la remise en valeur de ce quartier de Bruxelles-capitale, qui est tout entier partie de ce « monument à la nation » – et à une nation un peu spéciale, une nation hissée à ce titre à la faveur d’une révolution ouvrière précoce, et dont la seule idéologie nationale est peut-être celle du confort bourgeois.

La révélation de cette hétérogénéité et de cette complexité fera l’objet d’une réflexion poussée quant à ses moyens de représentation afin de la rendre intelligible à tous (modélisation, grande maquette, etc.). En effet, si l’élaboration de ce travail méthodique demande une expérience spécifique, les constatations qui en découlent s’adressent à tous. L’enjeu de ces opérations cartographiques est, avant tout, de proposer aux habitants et aux usagers une façon de comprendre et d’interpréter leur environnement, ce qui constitue une première garantie de préservation de celui-ci. Cette lecture devrait permettre ensuite d’inscrire les différentes opérations requises comme des conséquences logiques d’un état de fait connu et reconnu par la communauté – ce qui constitue également un facteur de compréhension, d’acceptation et de pérennisation de celles-ci.

A ces différents égards, le travail de cartographie se doit d’être d’une transparence et d’une communicabilité exemplaire et sera suivi d’un travail de communication (sous forme de petite brochure, de maquette, de grandes planches, etc.).